Achille Warnant : « Les villes moyennes servent l’équilibre du territoire et sont facteurs de cohésion »

Géographe, spécialiste des villes moyennes françaises, Achille Warnant nous présente ses travaux de recherche. Il analyse, avec une perspective historique, l’évolution de nos villes et leurs relations avec le monde rural.

M. Warnant, pouvez-vous présenter votre parcours ? 

Évidemment. Je suis doctorant en géographie à l’EHESS, au sein du laboratoire Géographie-cités, où je travaille sur l’évolution des villes moyennes en France. Je suis d’ailleurs originaire de l’une d’entre elle : Nevers dans la Nièvre, une ville à laquelle je reste attachée et où je continue de m’investir. Je participe, par exemple, au conseil de développement du Pays Val de Loire Nivernais qui accompagne le développement du territoire. J’ai suivi, avant ma thèse, des études de géographie et de science politique, d’abord à Tours puis à Paris. Un parcours assez classique. J’ai aussi travaillé quelques temps à Est Ensemble (l’un des « territoires » du Grand Paris) auprès de la direction générale. 

 

Votre travail de thèse s’intéresse à la trajectoire de trois villes moyennes françaises (Nevers, Montluçon, Vierzon) des années 1970 à nos jours. Quelles sont les grandes lignes de cette évolution ? 

Effectivement, ma thèse s’intéresse à l’évolution de ces trois villes du centre de la France confrontée, depuis les années 1970, à un processus de décroissance urbaine. 

On assite, dans ces territoires, à une diminution du nombre d’habitants, à une paupérisation de la population et à une dégradation, presque mécanique, du cadre urbain. 

Cela est lié à la conjonction de trois grands facteurs : la désindustrialisation, l’étalement urbain et le retrait de l’État des territoires. 

Je distinguerais trois phases. 

 -Une première, d’abord, des années 1970 aux milieux des années 1980. La désindustrialisation, amorcée dans les années 1960, prend de l’ampleur et touche en premier lieu les villes petites et moyennes et les territoires ruraux. L’étalement urbain, dans le même temps, accentue les difficultés. Les élus restent pourtant optimistes comme en témoignent les archives de l’époque. 

   -J’observe ensuite une seconde phase du milieu des années 1980 aux débuts des années 2000. Les élus locaux prennent conscience que la crise n’est pas seulement conjoncturelle mais peinent à y apporter des réponses efficaces. 

  -La crise économique de 2008 amorce, à mon sens, une troisième phase maquée par l’accentuation des inégalités et la dégradation de la situation dans ces territoires. On voit alors émergé des discours volontaristes « contre la fatalité » et des réponses qui s’inspirent de plus en plus de ce qui peut se faire dans les métropoles. Pourtant, en la matière, tous les territoires ne jouent pas à armes égales. Cela est d’autant plus vrai que l’État, qui cherche à réduire la voilure, peine en parallèle à accompagner le développement de ces territoires. La crise sanitaire actuelle ouvrira, peut-être, une quatrième phase. 

 

Si on prend une carte de France, quelles sont les villes moyennes qui vont bien ? Selon quels critères ? 

Il est, en effet, important de rappeler que, contrairement à une idée largement répandue, certaines villes moyennes se portent bien. 

En la matière, les vieilles inégalités régionales restent fortes. Les villes moyennes de l’Ouest, situées le long d’un axe allant du nord de la Bretagne à la frontière espagnole, près du littoral comme à l’intérieur des terres, à l’image de Granville, Quimper, La Rochelle, Dax ou Narbonne, semblent ainsi mieux s’en sortir que leurs homologues du nord, de l’est et du centre de la France. 

La croissance de l’emploi dans ces villes y est plus forte que dans les autres villes moyennes, certaines gagnent des habitants et le taux de pauvreté y est, dans l’ensemble, moins élevé. 

 

Le programme Action Cœur de Ville vous semble-t-il répondre aux défis identifiés par vos recherches ? 

Le plan Action Cœur de Ville, annoncé au lendemain de la deuxième Conférence nationale des territoires, marque un tournant dans la prise en compte des villes moyennes au niveau national.  5 milliards d’euros sur 5 ans ont été annoncé pour répondre aux problèmes spécifiques de leurs centres villes. 

Je constate que, au-delà des moyens financiers supplémentaires, ce programme a permis de fédérer les acteurs autour de projets communs, ce qui est forcément positif. 

Attention, toutefois, à ne pas trop en attendre. D’abord, une partie des crédits annoncés sont des crédits recyclés. Ensuite, ces plans reposent sur une logique d’appels à projets et ne tiennent pas toujours suffisamment compte des particularités locales. 

Enfin, la question de la gouvernance locale reste en suspens alors que la compétition locale des territoires a des effets délétères pour le développement des villes moyennes.  

 

Les villes moyennes que vous étudiez jouent-elles un rôle moteur pour l’espace rural alentour ? Si oui, comment ?

Bien sûr ! Et réciproquement. Ces villes sont pourvoyeuses de services du quotidien destinés aussi bien à leurs habitants qu’à ceux des municipalités alentours. Elles servent ainsi l’équilibre du territoire et sont facteurs de cohésion. Inversement, les espaces ruraux situés à proximité, constitue à mon sens un atout pour les villes moyennes même s’ils demeurent généralement trop peu valorisés.   

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